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Emballages verts, une fausse bonne idée ?

3 mai 2021 | Par Sophie Ginoux

Amorcé avant la pandémie, le virage vers des emballages écoresponsables ne cesse de s’intensifier. Toutefois, est-ce que ces derniers sont réellement efficaces et crédibles ? Afin de répondre aux attentes de la clientèle et à des objectifs environnementaux louables, les entreprises de transformation et les détaillants sont de plus en plus tentés par les emballages biodégradables et compostables. Un secteur en pleine expansion, puisque des compagnies spécialisées comme Carrousel peuvent proposer jusqu’à 1 200 emballages de ce type, et que leur coût moyen est de 10 % plus cher que les emballages traditionnels.

En s’intéressant de plus près à cette filière, il y a tout de même lieu de se poser un certain nombre de questions. La première étant de savoir comment différencier les vrais et les faux emballages verts, puisque un rapport dévoilé le 12 avril par Éco Entreprises Québec (ÉEQ) et Solinov montre que ce secteur ressemble un peu au far west, sans norme claire ni reddition de comptes. En effet, même si la mention « biodégradable » ou « compostable » figure sur les contenants, ils ne le sont pas automatiquement.

Ces mentions sur les emballages sont « une autodéclaration environnementale, c’est-à-dire qu’elle n’est pas vérifiée par une tierce partie indépendante », indique ÉEQ en entrevue à HRImag. Les fabricants d’emballages compostables doivent simplement s’assurer, lors de leurs tests réalisés en laboratoire dans des conditions idéales, que leurs contenants se dégradent en moins de 180 jours. Quant à ceux qui proposent des emballages biodégradables, ils n’ont même pas à s’astreindre à un temps limite de dégradation.

Un tri inégal

Le rapport de l’EEQ soulève un autre problème, celui du recyclage et du compostage des emballages verts une fois arrivés chez les clients. Or, on apprend que la majeure partie d’entre eux se retrouvent à l’enfouissement avec les autres déchets. Pourquoi ? Parce que les centres de tri ne sont pas tous en mesure de traiter ces matériaux.

« Les emballages de plastique compostables et biodégradables sont très difficiles à différencier d’autres plastiques lors du tri par le citoyen et dans les installations de compostage industriel », souligne Marie-Hélène Gravel, co-autrice du rapport, en entrevue avec L’Actualité alimentaire. Son co-auteur Mario Patenaude ajoute : « Les installations actuelles de la filière du compostage et de la biométhanisation sont conçues pour traiter de la matière organique, et non des emballages ».

Résultat : les emballages verts mis au recyclage et au compostage engorgent les centres de tri plus qu’ils n’y sont traités, du moins pour l’instant.

Que choisir ?

Il reste que le virage vers des emballages écoresponsables s’est engagé et qu’une fois régulé, il devrait se standardiser au sein de nombreuses entreprises et détaillants. Comme l’explique Maxine Dallaire, de Recyc-Québec, la vente en vrac ou dans des contenant consignés a effectivement ses limites. « On peut favoriser la vente en vrac pour les aliments qui sont résistants, secs, et qui ont une longue durée de vie. Mais un emballage reste essentiel pour d’autres aliments. Ça protège, ça facilite la manutention et ça informe sur le contenu. Et encore plus important, ça allonge sa durée de vie. »

Le débat « plastique ou carton » domine les conversations, mais il faut savoir que le carton utilisé à des fins alimentaires est souvent recouvert d’une micro-pellicule de plastique qui rend son traitement plus compliqué, même si ladite pellicule est elle-même usagée ou recyclable.

Des matières innovantes font parallèlement leur apparition sur le marché, comme le plastique à base de sucre, ou bien celui à base de bois, deux ressources renouvelables et à l’empreinte carbone nettement inférieure à celle du plastique traditionnel. Elles ne sont cependant pas encore à la portée de tous. Il existe aussi certains emballages naturels à base de cire d’abeille ou encore mangeables. Quant à l’écoconception, un procédé qui permet de concevoir le juste emballage pour chaque produit, il représente un investissement certain pour les entreprises, mais maximise la durabilité, le cycle de vie et le marketing du produit ; plusieurs spécialistes voient donc en lui une voie d’avenir.

Dans l’attente, il est bon de savoir que les emballages ne représentent que 5 % de l’impact environnemental des produits, ce qui est moindre comparé au 50 % de gaspillage alimentaire réalisé avant ledit emballage. Un autre dossier sur lequel la filière de l’alimentation devra travailler.

Mots-clés: Canada
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